LE RACISME LINGUISTIQUE DE L’UNION EUROPEENNE (troisième partie)

Les précédentes parties ont montré qu’il existe bien un racisme linguistique au sein des institutions européennes. Certains pourraient penser malgré tout que l’expression reste abusive. Il nous manque en fait un mot qu’il faudrait inventer : le « languisme » ? Par commodités cependant, et aussi parce qu’il a été montré que la définition du mot « racisme » s’applique à la situation actuelle des langues au sein de l’UE, nous continuerons d’utiliser les termes « racisme linguistique ».

Nous savons désormais que cette réalité n’est en rien naturelle et qu’elle est d’abord et avant tout le résultat de décisions politiques prises notamment sous l’effet d’influences néo-libérales, très prégnantes depuis 30 ans. Une inflexion est donc possible et nous ne sommes pas condamnés à subir cette fatalité. C’est plutôt une bonne nouvelle !

Mais alors, que faire ? Que pouvons-nous espérer obtenir à court et moyen terme, de manière raisonnable et sans se bercer d’illusions, car nous savons que le combat sera difficile ? Esquissons quelques débuts de réponses…

 

 

Idée reçue : l’anglais est une langue facile

(Publié le 11-12-2010 sur lefrançaisenpartage)

A propos de l’anglais, j’ai l’impression que l’on mélange souvent cause et conséquence : l’anglais est la langue la plus facile sinon, pourquoi tout le monde le parle ? Pourtant, au XVIIIe et début XIXe, c’est ce que l’on disait du français, que c’était la langue la plus facile à apprendre (ce n’est pas (que) les Français qui disaient cela) et que c’était pour cela que tout le monde le parlait (dans les cours et les milieux aisés ; en Russie, Prusse, Angleterre). Aux États-Unis, au XIXe et au début du XXe siècle, une fille de bonne éducation devait savoir jouer du piano et parler le français.
Le français est toujours une des langues de la diplomatie : c’est l’une des deux langues de travail de l’ONU, une des trois langues de travail de l’Europe (mais en forte régression depuis 10 ans, depuis l’entrée des pays scandinaves dans l’UE, c’est vrai), et une des langues d’à peu près toutes les institutions internationales.
Si l’anglais est devenu si important, ce n’est pas parce que c’est une langue facile : elle est facile à écrire, mais beaucoup plus complexe lorsqu’il s’agit de se faire comprendre par des anglophones, à cause de l’accentuation, chose qu’un Français a du mal à maîtriser car le français, tout comme l’allemand, n’est pas une langue à accent tonique.
L’anglais est devenu important pour deux raisons : la réussite économique des États-Unis, tout d’abord, et deux guerres mondiales qui ont provoqué le déclin relatif de la France et de l’Angleterre ; l’anglais aurait donc régressé autant que le français si les États-Unis n’étaient pas là pour prendre la relève du leadership. D’ailleurs de plus en plus, on apprend et fait apprendre l’anglais des États-Unis (cf les instructions officielles pour les professeurs d’anglais) quand il y a encore 15 ans, on se focalisait sur la RP (received prononunciation, l’accent d’Oxford).

Idées reçues sur la défense du français et de la francophonie

(Publié sur le françaisenpartage le 17-10-2010)

On me dit souvent lors de conversations (mais pas sur mon site) qu’il faut être réaliste, que tout le monde parle anglais et que mon combat est colonialiste / nostalgique ou tout autre qualificatif négatif. Considérations générales qui ne veulent pas dire grand chose. Ce fameux tout le monde qui sert d’argument ultime. C’est pour moi l’occasion de revenir sur quelques idées reçues pour nous déconditionner, ou nous décoloniser comme me dirait un correspondant.

Introduction

C’est étonnant de voir les résistances qui surgissent dès lors qu’il s’agit de défendre le français. Tout de suite, de nombreuses personnes pensent colonisation (donc cela fait fasciste / colonialiste de vouloir imposer le français), triomphe de l’anglais (donc il faut s’y mettre).

Défendre le français… La tâche peut sembler tellement immense qu’elle en est effrayante. Mais ce combat, ce n’est pas juste utiliser le mot courriel et s’énerver de voir un pays comme le Rwanda qui généralise l’usage de l’anglais. C’est peut-être bien mais cela n’est pas forcément très efficace, voire même utile, même si cela peut nous réconforter de se retrouver dans le même combat. Pour avancer dans un combat, il faut savoir dans quel cadre on agit, quels sont nos objectifs, etc… Déjà il faut bien admettre que l’on avance dans un cadre légal : il ne s’agit donc pas de décider à la place des autres (souhaiter l’imposition du français dans un pays souverain comme le Rwanda) mais d’agir là où l’on a le droit d’agir. Cela restreint donc le combat : en France pour ceux qui y vivent et dans les institutions où l’on peut utiliser le français.

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