En Algérie, le ministre de l’Enseignement Supérieur estime que le français ne mène nulle part

En Algérie, le ministre de l’Enseignement Supérieur estime que le français ne mène nulle part

26 Juil, 2019

L’université d’Alger lors des manifestations contre le président Abdelaziz Bouteflika. (BILLAL BENSALEM / NURPHOTO) (vu sur FranceTV Info)

Le ministre de l’Édu-cation en Algérie n’y va pas avec le dos de la cuillère :

« Le français ne vous mène nulle part ! » (Source : Le Point Afrique)

« Si on met en ligne les modules enseignés en langue arabe il y a 200 ou 300 millions de personnes qui vont les lire. Si on les met en français, personne ne parle français. » (Source : FranceTV Info)

J’ai d’abord été surpris par ces affirmations un peu provocatrices, puis en creusant cela m’a rappelé quelque chose de familier. La problématique de la langue française en Algérie est très proche de celle du Maroc. Les enjeux sont les mêmes, mais avec une issue différente. Dans les deux cas, on a des factions laïques progressistes, et en face, des islamistes conservateurs. Il se trouve que parmi les personnes éduquées et souvent laïques, beaucoup maîtrisent le français. Les islamistes ont donc instrumentalisé depuis un moment les langues pour nuire aux laïcs et asseoir leur pouvoir. Le discours est toujours le même : on est des bons musulmans, et la langue des bons musulmans c’est l’arabe. Le français, c’est la langue des colonisateurs (dit pour disqualifier les laïcs progressistes).

Lorsqu’il y a de l’outrance, cela cache souvent des problèmes personnels qu’on essaie de régler. J’ai donc creusé. Je vous propose un détour par le Maroc pour mieux comprendre les enjeux, puis un argumentaire solide qui disqualifie la portée de ces propos.

L’Amérique noire

Retour d’Amérique. Vingt ans après : Chronique n°4

Je publie ici chaque quinzaine une chronique à propos d’anecdotes vécues aux États-Unis d’Amérique à la fin des années 80 et au début des années 90. Je m’attacherai à mettre en face de chaque anecdote, un événement similaire ou apparenté que j’ai vécu en France après mon retour d’Amérique.

Aujourd’hui, l’Amérique noire. Deux anecdotes :

1/ Toujours dans l’ascenseur, lieu de grande convivialité, comme je l’ai signalé dans une de mes chroniques précédentes. Lorsque je me retrouve seul dans un ascenseur avec un Noir américain, comme tout Américain, il va commencer par m’adresser la parole pour briser le silence. Deux cas se présentent : il va me dire en anglais : « vous êtes français Monsieur », ou s’il est polyglotte, ou juste pour me faire plaisir, il me dira en français :
« Bonjour Monsieur ».

Je lui demande alors comment il sait que je suis français. Il me répond que c’est à cause de mon regard et du langage non verbal qui y est associé.

Le sexuellement correct

Retour d’Amérique, vingt ans après : Chronique n° 2

 

Je publie ici chaque quinzaine une chronique à propos d’anecdotes vécues aux États-Unis d’Amérique à la fin des années 80 et au début des années 90. Partant du principe que ce qui se passe aux États-Unis se retrouve ensuite en France , je m’attacherai à mettre en face de chaque anecdote, un événement similaire ou apparenté que j’ai vécu en France après mon retour d’Amérique. 
 Aujourd’hui le sexuellement correct.

10 heures. Dans le hall du département de langues étrangères d’une grande université, c’est l’heure de la pause. Chacun prend un café ; il y a là la plupart des professeurs (certains ne sont jamais là pour cause de conflit ouvert), les secrétaires, les assistants de langue venue de divers pays du monde, les étudiants de maîtrise ou doctorants. Parmi ceux-ci, une étudiante de maîtrise (Langue et Civilisation française), 35 ans environ, avec sa fille qui l’accompagne (7 ans). Cette dernière porte un tee-shirt un peu froissé et qui fait des plis de telle façon que je n’arrive pas à lire le sceau de l’université qui est imprimé dessus. Je m’agenouille alors devant elle en lui disant (en français, mais tout le monde a saisi le sens de mes paroles, y compris l’assistante chinoise) : « Qu’il est beau ton T-shirt ! » et j’accompagne le geste à la parole en lui tirant le tissu vers le bas ; je peux enfin lire l’inscription : « Université de Paris Sorbonne ». C’était un souvenir ramené de Paris l’été précédant cet incident.

L’anglais dans l’enseignement supérieur : l’exemple des Pays-Bas

     En 2013, l’un des articles les plus controversés de la rénovation de l’enseignement supérieur en France impulsée par Mme Fioraso portait sur l’introduction des langues étrangères comme langue d’enseignement dans les universités françaises. En fait, tout le monde comprenait qu’il s’agissait de l’introduction de l’anglais purement et simplement. Avec une mauvaise foi outrancière sur une supposée faible attractivité de notre pays – un mensonge, comme cela sera montré ci-dessous -,  Mme Fioraso justifiait ainsi cette anglicisation :

«  Sans cours d’anglais, nous nous retrouverons à cinq à discuter de Proust autour d’une table ».

Malgré une mobilisation importante, cet article fut adopté. Remarquons au passage le mépris de cette dame pour les sciences littéraires, mépris à l’égard de Proust au moins aussi significatif que celui de M. Sarkozy envers Mme de Lafayette et de sa fameuse Princesse de Clèves. Notons aussi – mais curieusement, cela n’était pas mentionné en 2013 lors des débats – , qu’en 2012, la France se classait au troisième rang mondial pour le nombre d’étudiants étrangers accueillis dans l’enseignement supérieur  : 289 000, en augmentation de 49% sur cinq ans (Source : http://cache.media.education.gouv.fr/file/2013/48/7/DEPP-RERS-2013-etudiants_266487.pdf ), derrière les États-Unis ( 709 000 ) et le Royaume-Uni ( 419 000 ). Rapporté à la taille de la population, notre pays attirait donc plus d’étudiants que les États – Unis ! Et cela, malgré un climat peu propice à l’attractivité du pays : ainsi depuis 2009, les ministres de l’Intérieur, M. Brice Hortefeux puis M. Claude Guéant, défendaient une politique farouchement anti-immigrés, avec des délivrances de visas très restrictives, des refoulements aux frontières claironnés haut et fort, même à l’étranger et en particulier dans les pays francophones.

Il est trop tôt pour tirer le bilan de la nouvelle orientation linguistique de notre enseignement supérieur. Dans 10 ans peut-être ? Cependant, d’autres pays nous ont précédés dans cette direction et notamment les Pays – Bas dès le début des années 90. Le recul de 20 ans permet de faire, pour ce pays, les premiers constats.

Projet de Loi Fioraso, l’analyse (sur l’article 2)

(publié sur lefrançaisenpartage le 23-05-2013)

Faute de temps, je n’ai fait que relayer quelques réactions sur l’article 2 du projet de loi Fioraso, concernant l’extension des possibilités d’enseigner en anglais à l’université. Il semble que le débat gagne en ampleur et qu’enfin certains dirigeants politiques et syndicaux s’emparent du débat. Cela a au moins le mérite de mettre le débat sur la langue française et sa promotion (plutôt défense dans ce cas précis) sur la table. Le combat est pourtant loin d’être gagné, car le niveau des connaissances des enjeux est très faible et ce projet risque de passer grâce à de vagues idées à partir desquelles on passe en raccourci à des conclusions hâtives (il faut parler anglais pour réussir ; il ne faut pas se fermer, mais s’ouvrir, ne parler que français, c’est se fermer, il faut donc ouvrir des universités en France au cursus entièrement anglais). Les arguments qui sont médiatisés sont assez faibles d’un côté et de l’autre, il faut donc faire connaître les vraies enjeux et affûter nos arguments. Si les intentions sont louables, les modalités sont très discutables, voici pourquoi.

Que dit le projet de loi Fioraso ?

Pour bien comprendre les enjeux, je vais devoir contextualiser un peu. Le projet de loi Fioraso complète et amende le texte décrivant les « Missions de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche » ; ce texte est le cadre de notre politique de l’enseignement supérieur et de la recherche. Mme Fioraso souhaite donc « mettre à jour » ce texte pour s’adapter aux réalités modernes.