Une brève histoire de l’anglais

D’où vient l’anglais ?

Les locuteurs de ce qui allait devenir l’anglais d’aujourd’hui après de multiples évolutions, sont issus de populations de langue germanique partis d’une région qui aujourd’hui correspond à un espace qui va du Danemark aux Pays-Bas en passant par la côte allemande. Les Angles, un des peuples qui ont apporté l’anglais, doivent leur nom à une région : Angel, correspondant au Schleswig-Holstein. Avec les Angles, d’autres peuples sont arrivés vers les années 450 : les Jutes (du Jutland, à peu près le Danemark d’aujourd’hui), les Saxons (côte allemande) et les Frisons (actuels Pays-Bas). Certains sont venus s’installer pacifiquement, occupant des terres, d’autres effectuaient des pillages et autres rapines sur les côtes et au final, des royaumes angles et saxons émergèrent.

Leur langue ressemble étrangement à l’allemand : (prononcé à peu près ich) qui donne aujourd’hui I (), ūser / ūre (prononcé à peu près comme l’allemand unser) qui donne « our / ours« , þū (ancêtre de thou, puis you) en allemand : du. On retrouve aussi la forme ge- pour les verbes au passé composé et de nombreuses autres similarités. Bref, c’est de l’allemand qui a évolué indépendamment des locuteurs qui sont restés sur le continent, et ça, au bout d’un certain temps, ça fait une nouvelle langue.

De drôles de noms de peuples et de pays

Les Celtes nommaient tous ces peuples « Saxons » tandis que les Saxons appelaient les Celtes : *wealas, qui a donné Welsh (gallois) et qui signifie « étranger », *wealas venant de la racine germanique, *wahl, étranger, qui a aussi donné *Gaule.

C’est un peu la même histoire que les barbares pour les Grecs, les barbares étant tous ces peuples aux langues incompréhensibles, qui parlent par borborygme, et on entend de ce qu’ils disent « bar bar bar bar… ».

Pour ces peuples germaniques, c’est cependant le terme d’Angles qui a été retenu et a donné son nom au pays : Angleterre, la terre des Angles. Où l’on voit qu’en Français, on n’hésitait pas à construire des noms par composition : Angle-Terre, mais pour d’autres pays on utilise le suffixe -ie accolé au nom du peuple : Ital-ie, Russ-ie, Bulgar-ie, ce qui vient en ligne directe du latin. Pour certains pays, on utilise le suffixe germanique -land, souvent par emprunt du mot : Groën-land (le pays vert), Ir-land (Eire-land), Somaliland…

L’Angleterre jusqu’en 1066 : un vrai moulin

Il faut s’imaginer une population celte un peu latinisée qui est la base de la population, puis au Ve-VIe siècle, un apport de populations germaniques : Saxons, Angles, Jutes et Frisons qui ont imposé leur pouvoir et leur langue, repoussant l’emprise celte.

Ensuite viennent les Scandinaves, ou ce que l’on appelle aussi les Vikings, qui ont amené leurs propres mots. A partir de 789, des attaques vikings commencèrent, suivie d’une invasion en 856 des Danois, et les rois anglais mirent jusqu’aux années 950 pour reprendre toutes les places fortes aux Danois.

A la fin du Xe siècle, un fils de roi danois vint à son tour prendre le pouvoir, qui ne fut repris qu’en 1042. Un problème de succession amena Guillaume le Conquérant, un duc normand de la famille du roi mort, à prendre le pouvoir. C’est la dernière fois que l’Angleterre fut envahie militairement.

Prémisses de l’évolution de l’anglais

Tous ces apports de population ont eu une influence déterminante sur l’évolution des langues. Les langues celtes ont été de plus en plus circonscrites à des endroits éloignés des côtes Sud et Est, et ce qu’on appelle aujourd’hui l’anglais, a supplanté les langues celtes.

En fait, c’était un ensemble de dialectes proches qui se sont fondus dans une même langue, mais toutes ces langues sont très proches et l’Ancien Anglais ressemble évidemment aux langues germaniques anciennes puisqu’il en est issu : accent tonique sur la première syllabe (pour les mots d’origine germanique), déclinaisons (neutre, féminin, masculin), marques de conjugaison (nominatif, accusatif…) ; tout le vocabulaire en est issu.

C’est ainsi que l’Ancien Anglais n’a gardé qu’une vingtaine de mots du Celte mais une profusion de mots germaniques qui constitue l’essentiel du vocabulaire.

En parallèle à cela, gardons à l’esprit que le latin était la langue de l’église et apportait donc toujours son lot de mots à l’anglais.

Après, ça se complique un peu, puisqu’il y a un apport scandinave relativement conséquent, qui ont donné des mots courants, comme : cast, gift, happen, blend, dream, anger…

Et enfin, ça se complique beaucoup avec l’arrivée des Normands.

L’arrivée des Normands : comment des conquérants scandinaves ont latinisé une langue germanique

Les Normands (North men, gens du nord), ce sont des vikings à qui le roi de France a donné des terres (la Haute Normandie au début) pour qu’ils s’y établissent et défendent l’accès à la Seine, plutôt que de remonter constamment celle-ci et d’avoir la fâcheuse tendance à tout piller au passage.

Les Normands ont donc donné leur nom à leur duché, la Normandie, mais ils n’ont pas imposé leur langue, ils se sont fait assimiler linguistiquement. Ce sont donc des vikings parlant le français de Normandie qui sont partis envahir l’Angleterre et qui en ont profité pour prendre la place de l’aristocratie anglaise. Ils en ont profité pour imposer leur langue à la cour et pendant longtemps, l’aristocratie « anglo-normande » ne parlait pas vraiment anglais. Ainsi, Richard Coeur de Lion a passé la majeure partie de sa vie sur ses terres françaises, et ne faisait que baragouiner

Il y a donc eu plusieurs vagues d’apports de langue romanes / latines dans la langue anglaise :

– par l’apport normand : ainsi de nombreux mots viennent de la variante normande du français, qui est caractérisée par la prononciation -k au lieu de -ch, comme dans l’anglais cat, qui vient du normand cat (que l’on prononce encore ka encore dans certains endroits du nord de la Manche), et non du français chat ou catch qui vient du normand cachier, variante normande de chacier (chasser).

– par la culture française : la culture française a beaucoup influencé les Anglais pendant le Moyen-Âge, la Renaissance et un peu au-delà, ce qui a apporté de nombreux autres mots, mais du français de Paris cette fois-ci.

– enfin, la langue de l’Église et des monastères (qui avaient le monopole du savoir à l’époque) était le latin, d’où de nombreux apports du latin classique.

Résultat

Le résultat de tout cela, c’est une langue à substrat germanique, qui s’est simplifiée (perte des déclinaisons, des genres) pour des raisons qu’il me faudrait approfondir, mais sur plusieurs siècles, et dans laquelle on a mis une pincée de mots celtes, pas mal de vocabulaire scandinave et beaucoup de mot latins et / ou français. Au final, beaucoup de doublons entre des mots d’origine germanique et d’autres d’origine latine.

mansion / house (maison), la forme gl– pour dire lumière (glitter, glimmer) en parallèle à light (latin lux)

Une partie très importante du lexique anglais est donc très proche du français, que ce soit les faux amis ou les vrais amis (mots transparents) ; d’abord venant du français vers l’anglais, mais aussi plus récemment de l’anglais vers le français ; ainsi, il existe au moins 3200 mots (comptabilisés sous la direction d’Henriette Walter) qui s’écrivent de la même façon dans les deux langues et qui ont le même sens : antidote, badge, coalition, confusion… mettez un chewing-gum (encore un) dans votre bouche, lisez ces mots, et vous parlez anglais !

A cela il faut ajouter plusieurs centaines, voire peut-être un bon millier de faux-amis : même graphie, mais sens différent. Exemple : to support : soutenir, ce qui est différent du mot français supporter (en anglais : stand, bear ; « I can’t stand him »)

Vers une langue internationale ?

 Une étude de 1998 conduite par Henriette Walter a recensé 1225 mots qui s’écrivent et se prononcent quasiment de la même façon dans 11 langues européennes (français, italien, espagnol, portugais, allemand, anglais, néerlandais, danois, suédois, grec moderne et finnois) : académie, tunnel, catastrophe, chocolat, café, énergie, culture, amande… La mondialisation fait-elle émerger une langue européenne commune devant nos yeux ? Cela pourrait rejoindre nos réflexions sur ce site concernant le néofrançais.

Bibliographie et REL (ressources en ligne)

WALTER, Henriette, Honni soit qui mal y pense, Robert Laffont, Paris, 2001, 364 p.

WALTER, Henriette, L’Aventure des langues en Occident, Robert Laffont, Paris, 1994, 2009, 595 p.

http://en.wikipedia.org/wiki/English_language (consulté le 6 janvier)

http://en.wikipedia.org/wiki/History_of_the_English_language (consulté le 6 janvier)

Un commentaire

  1. Gwenael HENRY /

    Bonjour

    Cette analyse est fortement datée et se contente de traduire l’idéologie traditionaliste véhiculée par l’école philologique anglaise du XIX eme siècle victorien et malgré tout encore rabâchée de nos jours par d’indécrottables laudateurs anglais pour la plupart.

    Il faudrait sûrement faire évoluer cette brève histoire de l’anglais pour informer le public francophone des récentes découvertes sur le sujet. Le problème c’est que les articles qui pourraient convenir sont majoritairement rédigés en anglais.

    Cordialement

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