Vers une scission de la Belgique ?

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(Publié le 14-06-2010 sur lefrançaisenpartage)

J’essaie de suivre de près l’évolution (politique surtout, et par ricochet, un peu linguistique) en Belgique, et je vais essayer de démêler un peu tout ce qui se dit.

Résultats des élections

Tout d’abord, ce qui se constate, c’est la victoire dans la partie flamande d’un homme qui incarne un désir d’indépendance de la Flandre, Bart de Wever. Avec environ 30% de voix dans la partie flamande, son parti arrive en tête en Flandre. Du côté wallon, c’est le parti socialiste d’Elio di Rupo qui arrive en tête. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que pour faire un gouvernement, il faut une majorité et qu’en Belgique, les partis politiques se déclinent par appartenance linguistique puis (ou avant; comme on veut) en appartenance politique. Pour faire une coalition, c’est donc un peu complexe pour avoir un peu de cohérence, surtout quand il y a des autonomistes, ou régionaliste (ou ce que l’on veut…) d’un côté, dont on ne retrouve pas le pendant de l’autre côté. Car les wallons sont moins enclins à demander l’indépendance car le statut quo linguistique est en leur faveur (c’est mon analyse, que l’on peut retrouver ici).

Analyse des résultats

Une fois le contexte rappelé, essayons de répondre à la question titre. Ce qu’il faut bien voir, c’est que Bart de Wever, même s’il représente 30 % des électeurs de Flandre, est loin de représenter la majorité des belges car, la Flandre n’étant pas pourvue d’un gouvernement autonome, ne peut déclarer son indépendance (dans la logique institutionnelle) sans l’accord des francophones, à moins de rassembler quasiment 100 % des flamands derrière lui. Cela l’oblige donc à chercher une majorité. On parle parfois de dictature de la majorité, pour parler de la majorité qui impose son choix à la minorité, mais je crois que cela devra évoluer. On ne pourra pas éternellement faire l’impasse sur les désirs de groupes culturels, linguistiques, etc… quand bien même une majorité n’y a pas intérêt. Le vivre ensemble ne doit pas se faire sur le plus petit dénominateur commun, à mon avis, mais doit essayer de répondre aux aspirations de chacun, qu’il soit majoritaire ou non. Au fond, la majorité, c’est souvent une question de découpage géographique.

Bruxelles / BHV

Même si je suis toujours heureux quand je vois plus de gens parler ma langue, le français, je ne peux me réjouir que cela se fasse contre le volonté de personnes. En l’occurrence, c’est en partie ce qui va se passer en Belgique avec le statut quo, selon mon analyse, en tout cas, autour de Bruxelles. Les francophones doivent donc regarder avec justice et désir de conciliation les désirs des flamands dans la mesure où le statut quo ne leur est pas favorable autour de Bruxelles.

Il devra donc y avoir une solution négociée pour l’arrondissement de BHV, ce qui impliquera certainement des sacrifices des deux côtés, les désirs des uns et des autres étant parfois exclusifs. Autrement dit, Bruxelles, à majorité francophone, ne peut devenir (à mon avis) la capitale d’une région linguistiquement flamande sans créer d’énormes tensions. Inversement, Bruxelles étant une matrice à francophones, il faudra trouver une solution pour tous ces francophones qui veulent s’installer autour de Bruxelles pour que cela soit possible mais que cela n’oblige pas les communautés flamandes accueillant ces francophones à devoir passer au tout français. Ou alors que cela soit négocié.

Ce qui est complexe dans la situation présente, c’est que les flamands, à moins de mettre des barbelés, auront du mal à empêcher les francophones de s’installer à 5 km de Bruxelles ; c’est un désir quasi légitime dans la mesure où toute ville n’est plus une entité autonome mais crée des liens d’interdépendance avec les communes de ce que l’INSEE appelle l’aire urbaine d’une ville, ce qui correspond grosso modo à un bassin d’emploi, celui-ci ne s’arrêtant pas aux frontières d’une commune.

Je pense donc que les flamands ont effectivement à craindre l’extension de la tâche d’huile francophone autour de Bruxelles, cela me semble inexorable mais qu’ils auront peu à craindre « l’extension linguistique » ailleurs en Belgique, car Bruxelles est les seul cas de ville ayant un périphérie de langue différente. En tout cas, des français peuvent effectivement s’installer en partie flamande ailleurs, mais cela ne sera jamais de façon aussi massive et faire appliquer les lois linguistiques ou intégrer (par l’apprentissage du flamad obligatoire pour les gens qui s’installent ainsi que par leurs enfants) sera beaucoup plus facile que dans la périphérie Bruxelloise.

Personnellement, je vois mal comment les flamands pourraient empêcher l’extension de la tâche d’huile à moins de « lâcher » quelques communes autour de Bruxelles, notamment pour la relier à la partie wallone. Mais peut-être trouveront-ils une solution à laquelle je n’ai pas pensé.

Bart de Wever, un populiste ?

Concernant Bart de Wever, j’ai lu des qualificatifs de nationaliste, de fasciste, de populiste. Cela m’agace profondément. Je ne connais pas la personne et peut-être mérite-t-elle ces qualificatifs pour sa manière de pensée intime, mais il faut arrêter de condamner les volontés d’indépendance et d’autonomie par principe. Quand on veut abattre son chien, on l’accuse de la rage, dit-on.

D’autant plus qu’à notre époque, le cadre supra-européen permet de vivre dans un espace de paix et d’interdépendance sans craindre de menace et c’est tant mieux. Si les flamands souhaitent vivre en autonomie, je ne vois pas au nom de quoi on devrait leur interdire, les flamands formant un communauté culturelle et linguistique homogène vivant sur un territoire lui-même homogène, ayant des partis, des journaux, etc… Peut-être s’entendront-ils mieux quand ils auront réglé leurs contentieux, au prix de l’indépendance ou pas. Il vaut peut-être mieux vivre en bons voisins plutôt que de cohabiter dans la frustration sous le même toit. Souhaitons-leur donc une solution qui satisfasse tout le monde.

Vidéobonus

Une vidéo explicative sur l’histoire du contentieux entre la langue flamande et la langue française en Belgique par un universitaire belge :

http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/lf/Tous-les-dossiers-et-les-publications-LF/Dictionnaires-et-francophonie/Les-videos/p-11612-Jean-Rene-Klein-Francais-flamand.htm

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